Texts on My Work
Art historian
Travioles, Tome 2, 2022
Historian of photography and art, Professor at Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Text devoted to my work
Interview
Viens Voir / LE BLOG DE BRUNO DUBREUIL (2024)
https://viensvoir.oai13.com/ayako-sakuragi-photographier-le-temps/
Publication
I Need More Time / ARTER Museum Exhibition Catalogue (2025)
page 46-47
https://www.arter.org.tr/Upload/Documents/I_NeedMore_Time.pdf
TRAVIOLES
Tome 2 released on December 14th 2022
Text by Didier Semin
Photography by Ayako Sakuragi




Memories of a voyage without images
Following the event of the great earthquake of East Japan, Ayako Sakuragi in 2011 suddenly decided to change her design career to devote herself entirely to what seems to be essential: her artistic research, the photographic exploration of life's little unnoticed events. She works with films and sténopé (pinhole photography).
The so-called avant-gardist, those of the beginning of the 20th century were very concerned with the infinitesimal and the imponderable. Marcel Duchamp wondered about the potential thickness of cast shadows while Émile Malespine dreamed of weighing writings and kisses, and Francis Picabia doubted which was heavier, day or night. It is wrong to consider those questions extravagant.
The one who heard one day in the mountains the echo of her own voice wondered for the first time what the speed of sound was such as modern artists do. But there is nothing infinitesimal and imponderable aside from our own perception. "All our systems of knowledge, all our science, our philosophy and most of all our certainties, doubts, eternal truths and ignorances are closely adjusted to this average altitude of five feet and seven inches to which we carry our own head above the surface of the ground”*. It is from this very simple observation that Jean Epstein developed his beautiful theory "The Intelligence of a Machine".
The microscope, the telescope, the camera, the tape recorder each in their own way think differently than we do about dimensions, time or the lack of it and give us a different perspective otherwise inaccessible in the limited spectrum of our senses.
In Jean Epstein's time, the extension of our perception was done with analog tools: what was beyond our reach left, through a lens, a concrete mark on a chemical emulsion or through a membrane, a furrow on wax or a magnetic band. For about thirty years, sounds and images have been digital, the progress induced is immense, but it is not absurd to affirm that it is part of knowledge not of objective perception.
Music lovers prefer above all the sound of vinyl records read by a needle and movie enthusiasts a 35 mm film. The images of the James Webb telescope fascinate because we believe they are photographs which they are not: they are data re-arranged in images, the colors are arbitrary, the result of a convention between astronomers.
A data spreadsheet of numbers however skilfully manipulated will never make us feel like the scar left by light on a photosensitive plate, it is because she is an artist that Ayako Sakuragi invented small, primitive machines to explore the unnoticed interstices of our daily lives, those which we never observe: cardboard envelopes filled with photographic film, carefully sealed but pierced in their center with a tiny hole that photographers call sténopés (pinhole photography). They are not propelled into intergalactic space, but delivered to the less surprising vagaries of the postal services, thanks to which they travel from one continent to another. To the question “what does it feel like to be a letter? ", Ayako Sakuragi's envelopes give an answer in real images, captured from the sorting table: those of the films, carefully developed which contain the luckiest envelopes after return to the sender. We are facing travel memories devoid of clichés even if, here and there we clearly recognize something, an object that has traveled around the world without anyone even noticing it. "The immaterial pictorial sensibility" would have said Yves Klein who, one day, when he was traveling from Paris to Nice, fixed on the roof of his car a canvas coated with pigments, for the sole and only purpose of taking the imprint of the wind and the rain... ( Didier Semin )


La lumière qui nous relie
Text by Michel Poivert
L’épreuve du Covid a été l’occasion d’une expérience artistique pour Ayako Sakuragi. Elle
met alors en place un protocole de création inédit pour répondre à une série de questions :
comment maintenir un lien physique avec sa famille alors que les voyages sont désormais
impossibles ? Et que vos « proches » sont lointains ? Comment se relier et faire du temps
et de l’espace une matière sensible qui matérialise les relations humaines ? L’artiste
inaugure alors un processus en apparence simple : faire du dispositif photographique une
sorte de pigeon-voyageur… Faire de la photographie un message, éprouvant chaque
instant, chaque particule de matière qui nous sépare, pour faire du voyage la substance
d’une retrouvaille.
La simplicité d’un procédé de création est le gage de son universalité. Ayako établit une
méthode à partir du principe élémentaire du sténopé. Un contenant fermé, pourvu d’un
minuscule orifice, laisse entrer la lumière qui vient frapper la surface sensible que l’on a
glissée dans la boîte. Habituellement, on place dans un sténopé un papier photographique.
Ayako a une intuition : elle dépose dans la boîte non pas un papier mais un rouleau de
pellicule qu’elle a déroulé de façon arbitraire. Désormais, la lumière qui entrera dans la
boîte, selon les mouvements subis par le sténopé, selon les conditions de luminosité, selon
les mouvements qui feront bouger la pellicule, cette lumière sera une sorte de fluide qui
emplira le dispositif et transformera de façon aléatoire la chimie de la pellicule.
Quel sera le trajet de la boîte ainsi offerte aux éléments ? Celui d’une lettre ou plutôt d’un
paquet postal. Adressé à sa sœur son cousin ou ses parents, la boîte dont elle a retiré
l’opercule dès le dépôt à la poste devient le sismographe lumineux d’un parcours. Ombre,
lumière, obscurité, mouvements, tout impacte le dispositif. Une fois arrivé entre les mains
du destinataire, le sténopé continue de vivre en famille, on l’emmène en promenade, les
enfants jouent avec, la boîte se repose la nuit… un véritable animal de compagnie
photographique !
On croirait naïvement que toute cette lumière finirait par noircir complètement le rouleau
de pellicule couleur. Il n’en est rien. Les poses de « nuit », l’étroitesse du trou, font que
finalement l’enregistrement des couleurs, témoignant de ces mille lueurs emprisonnées,
conserve une trace de toute l’histoire. Le retour de la boîte par la poste, en avion ou en
bateau - à cette époque certains voyages en avion sont interdits aux colis postaux -
constitue un long moment d’enregistrement. Mais parfois aussi des temps de latence par
l’obscurité - on imagine le « paquet » sténopé des jours durant dans le noir d’une soute à
bagages… Et enfin, le voilà livré par le facteur dans la boîte aux lettres d’Ayako. Direction
le laboratoire pour retirer et développer la pellicule. Le résultat est imprévisible et révèle
des trésors de lueurs colorées, des jours de soleil ou de brumes, des nuits de pluie et des
éclairs d’orages. Tout est coloris, sans qu’aucune ligne ou presque n’apparaisse. C’est un
ruban de flammes et de ténèbres, une conversation photochimique, des couchers de soleil
épris de nuits froides.
Une fois la pellicule scannée en haute définition, Ayako procède aux tirages en choisissant
soit une technique analogique soit une technique numérique (pour les grand rouleaux-
installations). L’artiste effectue ses tirages elle-même. Experte dans les activités de
laboratoire, Ayako Sakuragi ne délègue pas le précieux labeur de mise à jour de sesenregistrements. Ses mains et son regard guident jusqu’au bout le processus de création :
si elle n’a pas vu, si elle n’a pas appuyé sur un déclencheur, elle a inversé le processus
pour, in fine, faire la photographie après coup. La lumière qui s’est glissée au hasard des
voyages et des manipulations du sténopé, réapparaît enfin. Elle a été capturée et la voilà
enfin libérée : la lumière est le message. C’est elle qui nous relie.
M.P